Entreprendre par passion ou pour l'argent : qu'est-ce qui vous fait vraiment avancer?
Il possède son entreprise, une équipe et un chiffre d’affaires qui ferait envie à plusieurs. De l’extérieur, tout va bien. Pourtant, le dimanche soir, il sent déjà la pression monter à l'idée de recommencer sa semaine. Les problèmes se succèdent, les journées s'allongent et une question finit par revenir : « Pourquoi est-ce que je fais encore tout ça? »
Ce qui me frappe dans cette situation, c'est qu'au départ, cet entrepreneur avait probablement une foule de projets et une énergie incroyable. Il rêvait de bâtir quelque chose à lui et d’être maître de son avenir. Comment peut-on passer de cet enthousiasme au sentiment d'être prisonnier de sa propre entreprise? Et si la réponse se trouvait, en partie, dans ce qui nous motive vraiment à travailler?

Choisir un métier qu'on aime : le conseil que j'ai toujours donné à mes enfants
Depuis que mes enfants sont jeunes, je leur ai répété la même chose : choisissez un métier que vous aimez, quelque chose qui vous passionne vraiment. Ne choisissez pas votre carrière uniquement en fonction du salaire que vous pourriez gagner. Trouvez plutôt une activité qui vous donne envie d'apprendre, de vous améliorer et de vous dépasser.
Je leur disais que l’argent finirait par suivre s’ils faisaient le nécessaire pour vivre de leur passion. Non pas parce que la réussite financière est automatique, mais parce qu'une personne passionnée cherche naturellement à devenir meilleure. Elle prend le temps de développer ses compétences, accepte de recommencer lorsqu'elle se trompe et trouve des solutions aux obstacles qu'elle rencontre.
Au fil des années, j'ai constaté qu'entreprendre par passion peut changer notre façon d'affronter les difficultés. On peut être excellent dans son métier et gagner beaucoup d’argent sans pour autant aimer ce qu’on fait. À l'inverse, aimer son travail ne règle pas tous les problèmes, mais cela peut nourrir la persévérance lorsque les résultats se font attendre.
Passion ou stress : ce que Simon Sinek nous rappelle
Une citation de Simon Sinek résume particulièrement bien cette réflexion :
« Travailler dur pour quelque chose auquel on ne croit pas, c'est du stress. Travailler dur pour quelque chose qu'on aime, c'est de la passion. »
Que l'on choisisse d'entreprendre par passion ou surtout pour l'argent, les efforts sont bien réels. On peut travailler longtemps et rencontrer des imprévus. Ce qui change, c'est le sens que ces efforts prennent à nos yeux. Lorsqu'on croit au projet qu'on construit, les difficultés peuvent devenir des défis à relever. Lorsqu'on n'y trouve plus de satisfaction, chaque imprévu risque plutôt de ressembler à un problème de plus.
Je donne souvent un exemple à mes clients. Un entrepreneur peut passer douze heures dans une journée à faire ce qu'il aime, avec une équipe motivée et des projets qui avancent, puis rentrer chez lui fatigué physiquement, mais satisfait et encore plein d'énergie. Un autre peut travailler huit heures seulement, dans une journée où tout l'irrite et où chaque demande devient une contrariété, puis terminer complètement vidé. Ce n'est pas une règle scientifique, et la passion ne protège pas de l'épuisement, mais l'exemple illustre bien la différence entre l'effort qui nous nourrit et celui qui finit par nous user.
Quand l'argent devient la seule raison de continuer
Je n'ai rien contre l'ambition financière, bien au contraire. Une entreprise doit être rentable, payer ses employés, respecter ses engagements et permettre à son propriétaire de bien vivre. Le problème commence lorsque l'argent devient la seule raison de rester dans une activité qui ne nous apporte plus de plaisir.
Certains entrepreneurs se lancent parce qu'ils sont bons dans un domaine ou parce qu'une occasion prometteuse se présente. Au début, les résultats financiers sont stimulants. Puis les responsabilités augmentent, la routine s'installe et ils réalisent qu'ils n'aiment pas particulièrement leur quotidien. Ils continuent parce qu’ils ont investi du temps, qu’ils ont des employés ou qu’ils ne savent pas quoi faire d’autre.
À la longue, ils peuvent perdre leur motivation, leur patience et même l'envie de développer l'entreprise. Cela ne veut pas dire que le stress entrepreneurial est forcément le signe qu'on a choisi la mauvaise voie. Parfois, l'entrepreneur aime toujours profondément son métier, mais il est tellement accaparé par la gestion qu'il n'a presque plus l'occasion de le pratiquer. C'est une différence essentielle, parce que le problème n'est alors pas la passion, mais la façon dont l'entreprise fonctionne.

Le véritable objectif de votre entreprise ne devrait pas être seulement l'argent
Lorsque je commence à bâtir un GPS stratégique avec un entrepreneur, je lui demande où il veut amener son entreprise dans trois, cinq ou dix ans. Le GPS stratégique, c'est notre façon de transformer une vision en objectifs précis et en actions concrètes. Et je lui rappelle toujours une chose : le chiffre d'affaires ou le bénéfice ne peuvent pas être les seuls éléments de cette vision.
Je lui explique souvent qu'un grand objectif devrait agir comme une ligne lancée au large, qui nous tire vers un avenir qu'on a réellement envie d'atteindre. Il doit être assez inspirant pour nous donner le goût d'avancer pendant plusieurs années, même lorsque la route est moins facile. Cela peut être de développer une entreprise reconnue pour son savoir-faire, de former une équipe autonome, de transmettre un héritage ou d'avoir enfin plus de temps pour sa famille.
Bien sûr, l'argent fait partie de l'équation. Il permet de financer les projets et d’assurer une certaine liberté. Mais lorsqu'on n'est pas bien dans ce qu'on fait, il en faut toujours davantage pour essayer de compenser ce qui manque. Une véritable ambition entrepreneuriale doit donc répondre à une question plus profonde : « Pourquoi est-ce que je veux consacrer autant d'années de ma vie à bâtir cette entreprise? »
Entreprendre par passion ne suffit pas : il faut aussi savoir gérer
Les statistiques rappellent que les bonnes intentions ne garantissent pas la pérennité. Selon les Principales statistiques relatives aux petites entreprises 2025 du gouvernement du Canada, 63 % des entreprises ayant démarré avec un à quatre employés sont encore actives après cinq ans. Autrement dit, 37 % ne le sont plus. Ces données ne disent pas que le manque de passion explique les fermetures, mais elles montrent que bâtir une entreprise durable représente un véritable défi.
On peut adorer la construction et perdre de l'argent sur ses chantiers faute de suivre ses coûts. On peut être un excellent artisan et manquer de liquidités parce que les prix ne couvrent pas toutes les dépenses. On peut aussi aimer profondément son entreprise, tout en s'épuisant à prendre chaque décision à la place de ses employés.
C'est ce que je constate régulièrement dans mon travail de consultant. Ces entrepreneurs ne manquent ni de passion ni de volonté. Ce qui leur manque, ce sont parfois des outils simples de gestion d'entreprise, des priorités claires, des responsabilités mieux réparties et du temps pour regarder où ils s'en vont. Quand ces éléments se mettent en place, ils peuvent recommencer à consacrer de l'énergie à ce qu'ils aiment plutôt qu'à éteindre des feux toute la journée.

Retrouver le plaisir d'entreprendre sans tout recommencer
Si vous avez l'impression d'avoir perdu votre enthousiasme, repensez à vos premières années en affaires.
Qu'aimiez-vous faire à cette époque?
Qu'est-ce qui vous rendait fier de votre entreprise?
Et combien de temps consacrez-vous encore aujourd'hui à ces activités?
Les réponses peuvent révéler un écart important entre l'entreprise que vous souhaitiez créer et celle que vous dirigez maintenant.
Il n'est pas nécessaire de tout abandonner pour retrouver ce plaisir. Parfois, mieux déléguer, revoir l'organisation du travail, suivre la rentabilité ou choisir plus attentivement les projets suffit à changer le quotidien. Parfois, il faut revoir ses objectifs, son rôle ou la direction qu’on veut donner à l’entreprise.
L'important, c'est de ne pas confondre le fait d'être occupé avec celui d'avancer vers quelque chose qui compte pour nous. Une entreprise peut prendre de l'expansion tout en éloignant progressivement son propriétaire de la vie qu'il voulait se bâtir.
Conclusion : votre entreprise vous rapproche-t-elle encore de ce que vous aimez?
Je crois toujours au conseil que j'ai donné à mes enfants : trouvez ce qui vous passionne et donnez-vous les moyens d'en vivre. Pour un entrepreneur, j'ajouterais aujourd'hui qu'il faut aussi apprendre à bâtir une entreprise qui soutient cette passion au lieu de finir par l'étouffer. La rentabilité et la qualité de vie ne devraient pas être deux objectifs opposés. Au contraire! À quoi sert l'argent si on ne peut pas en profiter ?
Si votre entreprise fonctionne, mais que vous n'y trouvez plus le plaisir d'autrefois, ce n'est pas nécessairement le signe qu'il faut tout arrêter. C'est peut-être le moment de prendre du recul, de remettre vos objectifs en question et de regarder autrement votre façon de gérer. Une bonne discussion avec quelqu'un qui voit la situation de l'extérieur peut parfois faire apparaître des possibilités qu'on ne distingue plus soi-même.
Alors, au terme de votre prochaine journée de travail, demandez-vous non seulement combien vous avez gagné ou combien de choses vous avez réglées, mais surtout si les efforts que vous fournissez vous rapprochent encore de la vie que vous vouliez construire. Si la réponse vous dérange, c'est peut-être justement la question qu'il était temps de vous poser.




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